Étude de cas – Béni Mpanzu : du banc au titre, l’impact du travail mental

Qui est Béni

Béni Mpanzu est défenseur au FC Dordrecht. Un poste où le travail est souvent invisible quand il est bien fait, et très visible quand il ne l’est pas. En août 2025, quand nous avons commencé à travailler ensemble, Béni traversait une période compliquée : il sortait d’une saison 2024-2025 avec peu de temps de jeu, évoluait avec l’équipe U23 pendant que l’équipe première restait hors de portée, et devait trouver un moyen de rester investi malgré une situation frustrante.

C’est exactement le type de contexte où le travail mental a le plus de valeur : dans la zone grise, quand il faut continuer à construire sans garantie de résultat immédiat.

Les dimensions travaillées

Le travail avec Béni s’est organisé autour de deux axes principaux.

Le dialogue interne et l’interprétation des décisions de l’entraîneur. Beaucoup d’athlètes interprètent certaines décisions de coaching à travers un filtre négatif – une non-sélection devient vite une preuve qu’ils ne sont pas « pas assez bon », un commentaire neutre peut se transformer en jugement. Ce filtre alimente un dialogue interne qui, loin d’aider, peut fragiliser. Nous avons travaillé à identifier ces croyances, à les questionner, et à construire des pensées plus fonctionnelles et plus proches de la réalité.

La motivation intrinsèque face à la frustration. Jouer en U23 pendant que l’objectif reste l’équipe première est un terrain miné pour la motivation. Le piège classique : attendre une promesse (« si tu fais ça, tu joueras »), un compliment de l’entraîneur, ou un signal extérieur pour se donner le droit de rester régulier. Nous avons mis en place un nouveau processus de pensée pour que la discipline et la régularité de Béni ne dépendent plus de ces signaux extérieurs, mais d’une motivation ancrée en lui-même.

Un outil concret : le Tableau des Croyances

L’un des outils centraux de ce travail est un exercice que j’ai développé et que j’utilise avec mes athlètes : le Tableau des Croyances. Son principe est simple, mais sa rigueur fait toute la différence.

Pour une situation donnée (une décision de l’entraîneur, un résultat, un commentaire), on complète quatre étapes :

ÉtapeQuestion
1. La croyanceQu’est-ce que je me dis, spontanément, sur cette situation ?
2. L’origineD’où vient cette croyance ? Sur quoi repose-t-elle réellement ?
3. La pensée alternativeQuelle autre lecture, plus réaliste, est possible ?
4. Le self-talk fonctionnelQu’est-ce que je peux me dire, concrètement, qui me sert dans l’action ?

Exemple illustratif (à titre pédagogique, non issu d’une séance réelle) :

  • Croyance : « Si je ne joue pas ce week-end, c’est que je ne suis pas assez bon. »
  • Origine : une généralisation rapide, construite sur un seul choix tactique du coach, pas sur une évaluation globale de ce dernier.
  • Pensée alternative : « L’entraîneur fait des choix tactiques pour un match donné ; ça ne dit rien de ma valeur ni de ma trajectoire. »
  • Self-talk fonctionnel : « Je contrôle ce que je fais à l’entraînement. Le reste n’est pas entre mes mains – et ce n’est pas grave. »

Cet outil est complété par un second, que nous appelons Mon Dialogue Interne : un travail quotidien de répétition consciente de phrases fonctionnelles, choisies et construites avec l’athlète, pour que le self-talk positif devienne automatique plutôt qu’un effort ponctuel.

Les changements mentaux observés

Avec ce travail, plusieurs changements concrets sont apparus chez Béni :

  • Une capacité à ne plus laisser une erreur ou une mauvaise période s’étendre à l’ensemble de sa valeur en tant que joueur.
  • Une discipline qui ne dépend plus des signaux extérieurs (compliments, promesses, résultats immédiats) mais d’un engagement intrinsèque et stable.
  • Une transformation de la frustration : au lieu de la subir, Béni a appris à l’utiliser comme carburant pour repousser ses limites à l’entraînement.
  • Une résilience immédiate dans l’action : la capacité à continuer à demander le ballon, à rester dans le match, juste après une erreur – plutôt que de se refermer.

De ses propres mots : « Quand je rate un geste, je continue à demander le ballon, et ça va. Je fais un bon geste et ça me remet dans le match. […] C’est vraiment là-dessus que j’ai le plusprogressé ».

Ce que ça donne sur le terrain

Le travail mental ne se mesure pas qu’en ressenti. Dans le cas de Béni, il s’est traduit par des résultats concrets et mesurables.

Avant notre collaboration, lors de la saison 2024-2025, Béni avait peu de temps jeu et, bien qu’il s’entrainait avec l’équipe première, il n’a pas eu la change de fouler le terrain sous les couleurs de l’équipe A. 

Depuis août 2025 :

  • 819 minutes jouées avec l’équipe B, 4 buts marqués – un total impressionnant pour un défenseur.
  • Janvier 2026 : prêt à Sporting Hasselt, où il dispute 8 matchs et remporte le titre de champion de 1ste Nationale VV, permettant au club d’accéder à la Challenger Pro League.
  • Suite à ce prêt : FC Dordrecht s’intéresse à lui et le recrute.
  • Depuis le début de la saison 2026-2027 : 646 minutes jouées, 1 but marqué – décisif, puisqu’il permet à son équipe de battre le 2ᵉ du championnat – et 1 passe décisive.

Une trajectoire qui part de zéro minute et mène, en un peu plus d’un an, à un titre de champion et un transfert vers un club qui le voulait.

La régularité, l’enjeu des prochaines années

Il y a une règle que nous appliquons avec chacun de mes athlètes : ce qui compte n’est jamais une performance isolée. Ce qui compte, c’est la capacité à performer à haut niveau, de façon régulière, pendant au moins cinq ans. Savoir prendre correctement sur chaque vague lorsque la mer est agitée. 

Le travail mental a sa place à chaque étape d’une carrière sportive. Quand tout va mal, il aide à inverser la dynamique. Quand tout va bien, il aide à maintenir cette dynamique et à refermer l’écart entre les hauts et les bas mentaux – pour que la performance ne dépende plus des circonstances, mais devienne une compétence stable.

Pour Béni, la suite de ce travail ne consiste donc pas à répéter ce qui a fonctionné une fois, mais à consolider ces outils pour qu’ils tiennent la distance : à Dordrecht, dans un nouveau contexte, avec de nouvelles exigences, et sur plusieurs saisons.

Ancrage scientifique

Deux cadres de recherche soutiennent directement les outils utilisés dans ce suivi.

Sur la motivation intrinsèque : Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2000). Self-Determination Theory and the Facilitation of Intrinsic Motivation, Social Development, and Well-Being. American Psychologist, 55(1), 68–78. Cette théorie fondatrice montre qu’une motivation ancrée dans des besoins psychologiques autonomes – plutôt que dans des récompenses ou pressions extérieures – produit un engagement plus stable et plus durable. C’est exactement ce que nous avons cherché à construire pendant la période U23 de Béni, où la motivation extrinsèque (promesses, compliments) était disponible mais fragile.

Sur la restructuration des croyances : Turner, M. J. (2016). Rational Emotive Behavior Therapy (REBT), Irrational and Rational Beliefs, and the Mental Health of Athletes. Frontiers in Psychology, 7:1423. Cette recherche montre que les croyances irrationnelles des athlètes – les généralisations excessives, les lectures rigides d’une situation – sont liées à une moins bonne santé mentale et à une moins bonne gestion de la pression, et que les remplacer par des croyances plus rationnelles et fonctionnelles améliore à la fois le bien-être et la performance. C’est le principe exact du Tableau des Croyances.

Sources

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