Deux réalités peuvent briser une carrière : les blessures et les parents 

Cette phrase peut sembler dure. Mais elle dit quelque chose de très réel dans le parcours des jeunes sportifs, une trajectoire peut se fragiliser parce que le corps n’arrive plus à suivre. Et parfois, parce que l’environnement devient trop lourd à porter.

Cet article a été écrit à la suite de notre podcast avec Loïc Kisuesue, dans lequel il aborde avec beaucoup de justesse des sujets essentiels pour mieux comprendre ce qui permet à un athlète de se construire, de durer et de ne pas se perdre dans son parcours sportif.

La blessure touche l’identité

La première réalité qui peut fragiliser une carrière, c’est la blessure. Et elle n’est jamais uniquement physique. Chez un jeune athlète, elle touche aussi l’identité. Quand un joueur est blessé, il ne perd pas seulement du temps de jeu. Il peut perdre sa place dans le groupe, son rythme, sa confiance, son sentiment d’exister dans le regard du coach. Il peut se sentir mis de côté, oublié, remplacé. Alors il veut revenir vite. Trop vite parfois. Pour certains jeunes, surtout ceux qui se définissent presque entièrement par leur sport, la blessure vient attaquer une question profonde “Si je ne joue plus, qui suis-je ?”.

Les recherches montrent que les blessures jouent un rôle majeur dans l’abandon sportif. Dans une étude menée auprès de 544 athlètes de haut niveau en athlétisme, environ 20 % avaient arrêté leur pratique, et les blessures étaient la première cause d’abandon : 46,2 % des abandons étaient liés à des problèmes de blessure. Plus d’un tiers des athlètes blessés déclaraient encore ressentir des symptômes ou séquelles après leur première blessure, et près de la moitié avaient connu des récidives (Edouard et al., 2024).Cela montre bien une chose : une blessure mal accompagnée peut laisser une trace dans la confiance, dans l’envie et dans la manière de se percevoir comme athlète.

Une peur déguisée en courage

Un joueur qui revient trop tôt ne revient pas toujours parce qu’il est prêt. Il revient parfois parce qu’il a peur. Peur de perdre sa place. Peur de décevoir. Il est donc important à ce moment-là, en tant que coach et parents, de rappeler que le repos fait partie de la performance. Se soigner, récupérer, dormir, respecter les étapes, faire de la rééducation et accepter que le repos actif, c’est construire la suite. C’est permettre au corps de revenir plus solide, et à la tête de retrouver de la sécurité. Pendant ce temps, il peut travailler sa mobilité, sa respiration, sa visualisation, son sommeil, sa nutrition, sa concentration, son analyse vidéo ou sa compréhension du jeu. C’est également une opportunité pour l’athlète blessé de développer sa patience.

La deuxième réalité: les parents

Et là aussi, il faut être très nuancé. Les parents sont souvent les premiers soutiens du jeune joueur. Ce sont eux qui conduisent aux entraînements, qui financent, qui encouragent, qui consolent, qui croient parfois avant tout le monde. Sans les parents, beaucoup de trajectoires sportives ne seraient même pas possibles. Mais le soutien peut parfois se transformer en pression. Et quand le sport devient le lieu où l’enfant doit réparer les rêves, les sacrifices ou les frustrations de l’adulte, quelque chose se déplace. L’enfant ne joue plus seulement pour lui. Il joue pour justifier l’argent investi. Il joue pour calmer l’inquiétude du parent. Il joue pour être aimé, reconnu, validé. C’est là que l’accompagnement (parents/athlètes) est essentiel car certains jeunes abandonnent parce que le sport est devenu trop chargé psychiquement.

Les données récentes sur le sport des jeunes montrent aussi que les comportements parentaux pèsent fortement dans la continuité ou l’abandon. Dans une enquête nationale menée par l’Aspen Institute, les jeunes ayant arrêté le sport rapportaient davantage de pression parentale que ceux qui continuaient : 21 % des anciens pratiquants disaient avoir été poussés à jouer alors qu’ils n’en avaient pas envie, contre 9 % des pratiquants actuels. Ils rapportaient aussi plus de comparaisons avec d’autres joueurs : 18 % contre 13 %. Chez les filles ayant arrêté, les chiffres étaient encore plus marqués : 25 % disaient avoir été comparées à d’autres joueuses, et 24 % avoir été poussées à jouer alors qu’elles n’en avaient pas envie (Aspen Institute Project Play, 2026).

Ce sont des chiffres à utiliser pour comprendre et pas à faire culpabiliser.

Parce qu’un parent peut faire beaucoup de mal en croyant bien faire. Il peut répéter “je veux juste qu’il donne le meilleur de lui-même”, alors que l’enfant entend “je n’ai pas le droit d’échouer”. Il peut dire “je crois en toi”, alors que l’enfant ressent “je dois réussir pour ne pas te décevoir”. Il peut penser soutenir, alors qu’il transmet une attente. Le problème n’est donc pas l’ambition parentale. Le problème, c’est quand l’ambition prend plus de place que l’enfant lui-même et de ce qu’il perçoit/ressent. Un jeune joueur a besoin d’un cadre. Il a besoin d’exigence, de discipline, de limites. Mais il a aussi besoin de sentir que sa valeur ne dépend pas de son dernier match. Qu’il peut douter sans être jugé faible. Qu’il peut grandir à son rythme sans porter les rêves de tout le monde sur ses épaules.

Les blessures et les parents peuvent donc “détruire” une carrière lorsqu’ils ne sont pas accompagnés. Mais ils peuvent aussi devenir leurs plus grandes forces. Une blessure peut apprendre au joueur à écouter son corps, à développer sa patience, à renforcer son identité au-delà de la performance. Un parent peut devenir un immense facteur de stabilité. 

Chez Au mental, nous croyons qu’une carrière se protège autant qu’elle se construit en respectant le corps du joueur, en accompagnant ses blessures et en guidant les parents à être un soutien dans la carrière de leur enfant. Pour aller plus loin, découvrez notre échange avec Loïc Kisuesue dans le dernier podcast AU MENTAL, où il revient sur ces réalités qui peuvent marquer la trajectoire d’un jeune joueur.

Bibliographie

Aspen Institute Project Play. (2026). Aspen Institute national survey of youth and sports: 15 key findings. The Aspen Institute.

Crane, J., & Temple, V. (2015). A systematic review of dropout from organized sport among children and youth. European Physical Education Review.

Edouard, P., Navarro, L., Branco, P., Gremeaux, V., Timpka, T., & Junge, A. (2024). Understanding the first injury in athletics and its effect on dropout from sport.

Laisser un commentaire

Partager :

Plus d'articles

Inscrivez-vous à notre newsletter !
Recevez l'essentiel du mental.

Maîtrisez l’art de la performance.

Le mental des champions, livré dans votre boîte mail.