Quel est ton joueur ou ta joueuse préféré(e) ?


C’est une question qu’on pose très souvent à nos athlètes : “C’est qui ton joueur ou ta joueuse préféré(e) ?” Et cette question a beaucoup plus de sens qu’on ne le pense quand on comprend comment fonctionne l’auto-efficacité selon Albert Bandura. Parce qu’un modèle, ce n’est pas juste quelqu’un qu’on admire. C’est parfois la première preuve vivante que ce qu’on rêve peut aussi devenir possible pour soi.

Un modèle peut nous montrer le chemin à suivre

Dans le dernier podcast Au mental avec Loïc Kisuesue, une idée revient avec beaucoup de force celle quʼun joueur ne se construit pas seulement avec des entraînements, des matchs et du talent. Il se construit aussi avec son environnement, des exemples, des trajectoires auxquelles il/elle peut sʼidentifier. Avoir un modèle, cʼest parfois se dire, pour la première fois : “Si lui a pu le faire, alors peut-être que moi aussi.ˮ Cʼest ce quʼon appelle lʼexpérience vicariante. En psychologie, cela rejoint directement la théorie de lʼauto-efficacité dʼAlbert Bandura.

L’auto-efficacité, c’est la croyance qu’un joueur a en sa capacité à réussir une tâche précise, à progresser, à faire face, à trouver des solutions. Selon Bandura, cette croyance se construit à travers plusieurs sources : les expériences de réussite, les encouragements, la gestion des états émotionnels et physiologiques, mais aussi l’observation de modèles. C’est cette dernière source qui nous intéresse ici, l’expérience vicariante. Donc La confiance se construit aussi en observant des personnes qui nous ressemblent réussir, surtout lorsquʼon perçoit que leur parcours, leurs difficultés ou leur contexte ont quelque chose de commun avec le nôtre (Bandura, 1977).

Quel modèle choisir ?


Pour un jeune joueur, surtout lorsquʼil/elle vient dʼun environnement où la réussite semble lointaine ou réservée aux autres, le modèle joue un rôle psychologique puissant. Il montre une permission intérieure, celle quʼelle peut exister dans cet espace-là. Cʼest encore plus fort lorsque le modèle partage une origine, une culture ou une histoire familiale. Lʼidentification crée un pont entre ce que le joueur est aujourdʼhui et ce quʼil pourrait devenir demain. Comme le souligne Loïc dans lʼéchange, certains joueurs ont besoin de voir des parcours concrets, proche, atteignable pour s’y identifier et pour comprendre que leur rêve nʼest pas seulement une illusion. Le modèle devient alors un repère mental. Il aide à supporter les moments de doute, les critiques, les périodes où le joueur nʼest pas encore reconnu. Mais attention, un modèle ne doit pas devenir une comparaison destructrice. Le but nʼest pas de copier la carrière dʼun autre, ni de se sentir en retard parce quʼun joueur a percé plus jeune. Cette réflexion rejoint aussi notre article sur l’impact des réseaux sociaux dans le sport chez les jeunes athlètes, où l’on voit à quel point les images, les comparaisons et les modèles visibles en ligne peuvent influencer leur confiance.

Qu’est-ce que ce modèle vient réveiller en toi ?


« Tu ne dois pas devenir comme ton modèle mais tu peux tʼen servir pour construire ta propre trajectoire. » Cʼest là que lʼaccompagnement prend tout son sens. Parce quʼau fond, il ne sʼagit pas simplement de demander à un jeune joueur “Cʼest
qui ton modèle ?ˮ La vraie question est plus profonde : quʼest-ce que ce modèle vient réveiller en lui ou représente pour lui? Parfois, un joueur admire un athlète parce quʼil est fort, parce quʼil marque des buts, parce quʼil a réussi. Mais derrière cette
admiration, il y a souvent quelque chose de beaucoup plus intime. Il peut y avoir le besoin de croire que cʼest possible. Le besoin de se reconnaître quelque part. Le besoin de voir quelquʼun qui lui ressemble tenir debout, réussir, traverser les critiques, rester fier, rester digne, rester lui-même malgré la pression.


En tant qu’ accompagnateur, notre mission est de aider l’athlète à mettre du sens sur cette inspiration. Quʼest-ce que ce modèle représente pour lui ? Du courage ? De la discipline ? De la liberté ? Une forme de revanche ? Une fierté identitaire ? Parce quʼau fond, un modèle cʼest parfois une partie de soi quʼon commence enfin à croire possible mais c’est ensuite à l’athlète de transformer cette inspiration en preuves personnelles. L’observation d’un modèle est donc puissante, mais elle devient vraiment utile quand elle pousse le jeune à agir, essayer, répéter et créer ses propres réussites.

Pour aller plus loin sur la construction de la confiance et l’environnement du jeune athlète, vous pouvez aussi lire Les blessures et les parents : deux réalités qui peuvent devenir ta plus grande force… ou ton pire cauchemar.


Bibliographie

Au Mental. (2026). Titre du podcast avec Loïc Kisuesue: Loïc Kisuesue, un scout international, nous parle de la réalité des joueurs africains en Europe. YouTube.

Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191

Lee, S., Kwon, S., & Ahn, J. (2021). The effect of modeling on self-efficacy and flow state of adolescent athletes through role models. Frontiers in Psychology, 12, Article 661557. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.661557

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