Parent d’athlète : coach malgré lui

Un parent d’athlète peut devenir “coach malgré lui” sans s’en rendre compte. Quand le soutien se transforme en pression, la motivation et la confiance de l’athlète peuvent basculer. Découvrez les signaux… et comment les corriger.

Analyse de cas 

Un parent donne en permanence des consignes pendant les compétitions, corrige la technique en criant, critique les choix tactiques, et va voir le coach pour lui dire quoi changer.

Après le match, l’athlète monte dans la voiture. Il/elle est encore “dans le match” : corps tendu, regard fuyant. Le parent, sincèrement motivé à aider, lance une phrase simple : « Alors, ça va ? C’était quoi ce match? ». L’athlète répond vaguement ou ne répond pas. Le parent insiste : « Vous avez encore perdu aujourd’hui… ». Silence. La voiture se remplit d’une tension invisible. L’athlète se ferme davantage.

Le parent continue : « Aujourd’hui, tu n’as pas touché le ballon comme d’habitude. Je ne comprends pas pourquoi tu ne demandes pas plus souvent la balle. Tu avais plus d’occasions de marquer que les autres. Tu dois être plus agressif(ve) dans ton jeu et avoir plus confiance. »

À la maison, l’ambiance est froide. Le lendemain, personne ne reparle du match… mais l’athlète comprend que son parent est déçu(e) de lui/elle. Il/elle se sent incompris(e), trouve cela injuste et, en plus, se sent incompétent(e). Cela touche sa confiance et son estime de soi. La semaine d’après, le jeune athlète n’était pas motivé à jouer le match suivant.

Que s’est il passé ?

Cette scène résume un exemple du “parent coach malgré lui” : pas un parent qui veut contrôler, mais un parent qui, sans le vouloir, crée un climat où l’athlète se sent évalué, plutôt que soutenu. Le parent prend la place du coach et “pilote” le match, ce qui peut donner le sentiment que le projet n’appartient plus à l’enfant. Aussi, l’athlète peut associer l’erreur à une déception parentale, et jouer pour éviter la critique plutôt que pour progresser.

*Ce cas est présenté à titre illustratif. Il s’agit d’une situation fictive, élaborée à partir d’éléments issus de plusieurs situations, et ne reflète pas une personne ou une famille identifiable

Le bien-être d’un jeune athlète

Ce qui pèse le plus sur la motivation et le bien-être d’un jeune athlète, ce n’est pas seulement ce que le parent croit faire, mais ce que l’athlète perçoit. Quand l’athlète perçoit du soutien à l’autonomie (écoute, respect, marge de choix, explication), la motivation est plus autonome et plus durable. Il aura du coup plus de plaisir et plus de persévérance (Deci & Ryan, 2000). À l’inverse, quand il/elle perçoit du contrôle (pressions, critiques, comparaisons, obsession du résultat), la motivation devient plus “contrôlée”. On va plutôt jouer pour éviter de décevoir, pour être validé, ou par peur du reproche (Deci & Ryan, 2000).

Le piège: le contrôle ne passe pas seulement par des phrases. Il passe aussi par le timing (à chaud), le ton, le regard, les soupirs, la tension corporelle. L’athlète ne reçoit pas un discours: il/elle reçoit un climat.

Les 3 moments où le parent devient “coach”

Le basculement “soutenir → coacher” arrive souvent dans trois moments très précises:

  • Avant la compétition
    Trop d’instructions, trop d’enjeu, trop de “il faut”. Même bienveillant, cela augmente la charge mentale.
  • Pendant
    Consignes depuis la tribune, critiques du coach/arbitre, réactions intenses: l’athlète doit gérer son match et l’émotion autour.
  • Après (à chaud)
    Débrief immédiat, focalisé sur les erreurs, interrogatoire déguisé. Or, à chaud, le cerveau n’est pas disponible pour analyser, il est en mode émotion.

Auto-check — Parent coach malgré lui ?

Outil de réflexion (non diagnostique). L’objectif n’est pas de juger, mais d’identifier un ressenti et d’ouvrir un plan d’action.
Lisez les phrases ci-dessous et comptez combien vous semblent vraies, souvent :

☐ Je débriefe à chaud même si mon enfant est fermé.
☐ Je donne des consignes techniques avant le match.
☐ Pendant, j’ai du mal à rester neutre (je vis le match très fort)
☐ Je critique parfois l’arbitre, le coach ou les coéquipiers/adversaires à voix haute.
☐ Mon enfant se ferme, s’agace ou s’éloigne quand je parle du match.
☐ J’ai l’impression de “porter” son projet sportif.

Lecture rapide :
0–1 : climat plutôt soutenant → à consolider avec quelques repères clés.
2–3 : zone grise → souvent, tout se joue dans le timing (avant/pendant/après).
4+ : pression invisible probable → il est utile de se faire accompagner par une méthode claire.

Si vous vous reconnaissez dans 2 items ou plus, AU MENTAL Academy vous donne des outils, des repères et une méthode concrète pour ajuster sans culpabiliser.


Le rôle parental : un facteur de performance… et de santé mentale

Dans le sport des jeunes, on regarde d’abord ce qui se voit : le talent, l’entraînement, le niveau, les résultats. Pourtant, ces éléments n’expliquent pas à eux seuls pourquoi certains athlètes progressent durablement et s’épanouissent, tandis que d’autres s’épuisent, perdent le plaisir ou décrochent. Un parcours sportif se construit dans un écosystème : l’enfant, ses expériences, son club, son école… et sa famille, qui reste un levier majeur de performance et de santé mentale.

Avant même la préparation mentale, les parents rendent la pratique possible : trajets, coûts, organisation, stages, gestion de la double carrière. Ce soutien est immense, mais peut aussi devenir un piège si l’enfant ressent qu’il doit “rentabiliser” les sacrifices ou se sent redevable, ce qui installe une pression silencieuse (Côté, 1999 ; Knight et al., 2017). Autrement dit : le sport ne pèse pas seulement sur le terrain, il pèse aussi dans la dynamique familiale.

Le parent, premier modèle

Les parents sont aussi les premiers modèles. L’enfant apprend moins par les discours que par l’observation : comment l’adulte gère l’effort, la frustration, la colère, la victoire, l’injustice, la défaite, le coach, l’arbitre. Par apprentissage social, ces comportements deviennent des repères internes et influencent directement la régulation émotionnelle et la posture en compétition (Bandura, 1977). Le bord du terrain est donc un espace éducatif puissant : il peut construire de la sécurité, de la confiance et du respect… ou normaliser la tension, l’agressivité et la peur de l’erreur.

En résumé, le parent a un rôle primordial dans la carrière de son enfant. Il fait partie du parcours de l’athlète. Et quand ce rôle est clarifié et outillé, il devient un avantage compétitif: un climat qui aide l’athlète à durer, progresser et rester solide.

Cet article pose un cadre scientifique général. La formation AU MENTAL Academy va plus loin: elle fournit une méthode, des outils, des mises en situation et des scripts concrets pour découvrir les signaux et comment les corriger. Mais aussi clarifier les rôles, ajuster la communication autour des matchs, soutenir la motivation sans pression et renforcer la confiance sans dépendance au résultat. L’objectif est simple : faire du parent un pilier stable, soutenant et structurant pour que le projet sportif reste celui de l’athlète, avec un environnement  et un accompagnement qui aident à durer. Notre mission est de créer les meilleures conditions autour de nos athlètes pour qu’ils puissent atteindre leur plein potentiel.

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Références bibliographiques

Bandura, A. (1977). Social learning theory. Prentice-Hall.

Côté, J. (1999). The influence of the family in the development of talent in sport. The Sport Psychologist, 13(4), 395–417.

R.H. Cox ( 2005). Psychologie du sport.

Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The “what” and “why” of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268.

Knight, C. J., Berrow, S. R., & Harwood, C. G. (2017). Parenting in sport. Current Opinion in Psychology, 16, 93–97.

Harwood, C. G., & Knight, C. J. (2015). Parenting in youth sport: A position paper on parenting expertise. Psychology of Sport and Exercise, 16(Part 1), 24–35.

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